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Société & Santé

Togo: ‘Nous sommes fatigués!’ hurlent les manifestants

Togo: ‘Nous sommes fatigués!’ hurlent les manifestants

Lomé a connu deux nouvelles journées de manifestations mercredi et jeudi. L’opposition exige la démission du président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis douze ans, mais la mobilisation faiblit.

Le même cri de colère résonne aux quatre coins de la capitale togolaise. «Nous sommes fatigués !» hurlent les manifestants, habillés d’orange ou de rouge selon les couleurs de leur parti et armés de grands bâtons. Ils sont un peu plus de 10 000 à avoir répondu, sous un soleil de plomb, à l’appel des 14 formations d’opposition à manifester pour demander le départ du président Faure Gnassingbé.

«Après cinquante ans, on peut dire que ça suffit !» s’époumone Agwémadou, un drapeau togolais à la main. Un demi-siècle de règne de la «dynastie Gnassingbé», avec le père, Eyadema, six mandats présidentiels, et le fils, Faure, qui a entamé son troisième mandat en 2015. «J’ai écrit « famille Gnassingbé » à l’école comme mon papa et mon grand-papa, et mes enfants vont certainement l’écrire aussi, renchérit Amésoni. Ils veulent transformer le Togo en un royaume ? Nous sommes fatigués d’eux.» La jeunesse, surtout, est sortie aux sons des vuvuzelas. Sylvestre a 35 ans et espère qu’un nouveau président pourrait changer son quotidien. «J’ai une famille, mais je ne peux pas les nourrir. Il n’y a pas de travail, à part être moto-taxi. Si tu n’es pas dans le parti de Faure Gnassingbé, tu n’auras pas le gain du pain.»

Sur les Tee-shirts et les pancartes, dans la bouche des manifestants, une phrase revient sans cesse : «En aucun cas, nul ne peut faire plus de deux mandats.» Inscrit dans la Constitution de 1992, retirée en 2002 lors d’une réforme menée par le père de Faure Gnassingbé, cet extrait de la loi fondamentale cristallise aujourd’hui toutes les tensions. Car si le pouvoir a bien accepté la limitation à deux mandats présidentiels, via une révision constitutionnelle qui sera prochainement soumise au référendum, celle-ci ne sera pas rétroactive, et Faure Gnassingbé pourra se représenter aux scrutins de 2020 et 2025, pour un quatrième et un cinquième mandat.

Lassitude 

L’opposition dit être arrivée au moment «critique» et multiplie les marches depuis l’été. Mais le nombre de manifestants est en baisse : on est loin des plus de 100 000 personnes qui avaient défilé les 6 et 7 septembre à Lomé, avant d’être dispersées par les gaz lacrymogènes. Le chef de file de l’opposition et président de l’Alliance nationale pour le changement, Jean-Pierre Fabre, jure que la flamme ne s’est pas éteinte : «Je n’ai pas le sentiment que la mobilisation s’essouffle, au contraire, j’ai le sentiment que la pression va crescendo.» Le mouvement donne pourtant des signes de fatigue : une certaine lassitude se fait sentir, la manifestation de mercredi et jeudi était divisée en deux cortèges – avec d’un côté l’opposition traditionnelle et de l’autre les nouveaux partis –, et la peur des violences est réelle. Le souvenir de la répression de 2005, qui avait fait plus de 500 morts après la première élection de Faure Gnassingbé, est encore vivace.

Un «argument» sur lequel insiste le parti au pouvoir, l’Union pour la République (Unir), qui dénonce des «actes de violence» et des «appels à l’insurrection». La formation présidentielle a, elle aussi, décidé d’occuper la rue. Quelques milliers de jeunes, parfois mineurs, amenés par bus et habillés de Tee-shirts et de casquettes floqués, se sont rassemblés à Lomé mercredi. Devant l’estrade du sit-in final, les jeunes dansent avec les chanteurs invités, et bâillent devant les discours politiques.

«Nous aimerions que Faure Gnassingbé reste toujours, assure Joseph. On n’a pas besoin de celui qui n’a pas d’argent, qui n’a pas de compétences.» «C’est un bon président, ajoute Adoté, dont toute la famille a sa carte au parti majoritaire. Il essaye d’assainir le Togo, d’améliorer les conditions de vie des Togolais. Ça ne me dérange pas qu’il fasse plusieurs mandats, il a besoin de temps pour améliorer les choses.» D’autres jeunes, tels Sama, sont plus incertains : «On est des étudiants, c’est difficile. Nous aussi, on manifeste pour que ça s’arrange pour nous, pour qu’on nous écoute. Il faudrait quand même un changement.»

Blessés par balles

A Lomé, les cortèges de l’opposition et de la majorité ne se sont pas croisés, et chacun a défilé dans le calme. Les manifestations ont été plus violentes dans le nord du pays, une région habituellement acquise au pouvoir mais où se multiplient, là aussi, les défilés contre le pouvoir. Des heurts ont eu lieu entre pro et antigouvernement, et entre les manifestants et l’armée. A Mango, un garçon d’une dizaine d’années a été tué par un tir. On compte des dizaines de blessés par balles, réelles ou en caoutchouc, et des arrestations.

Dans la capitale togolaise, la vie quotidienne a repris ses droits à la tombée de la nuit. Les motos-taxis tracent leur route, les tanties vendent le dîner, les maquis débordent de musique. L’opposition, elle, continue de rêver à un pays où le chef de l’Etat ne s’appellerait pas Gnassingbé, et échafaude déjà les plans pour les prochaines manifestations, prévues pour la semaine prochaine.

Source: https://www.cameroonweb.com/CameroonHomePage/world/Togo-Nous-sommes-fatigu-s-hurlent-les-manifestants-421620

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