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Togo: plongée dans la nébuleuse Com de Faure Gnassingbé [Acte 1]

Togo: plongée dans la nébuleuse Com de Faure Gnassingbé [Acte 1]

Au Togo, la crise n’est pas que politique au sommet de l’État. Des couacs sont aussi enregistrés sur le plan de la communication. Et depuis bientôt cinq mois, beaucoup s’accordent à dire que le gouvernement a perdu la bataille communicationnelle face à l’opposition.

Cela, malgré que cette dernière ne soit pas elle aussi très bien organisée.

Acculée par la pression de la rue, la présidence de la République togolaise a mis en place une cellule de crise. Elle a été confiée à l’ancien garde des Sceaux du Benin, Reckya Madougou. Conseillère de Faure Gnassingbé sur les questions de finance inclusive, cette dernière s’est ainsi vu confier la casquette de conseillère en communication.


La Béninoise Reckya Madougou, ancienne ministre de Thomas Boni Yayi

Depuis, la quadragénaire s’emploie à « organiser une communication de crise » avec son protégé Toba Tanama, directeur de la communication de la présidence. Jusqu’à présent, le duo s’est plutôt illustré négativement, comme la censure du numéro 2958 de Jeune Afrique jugé critique pour Faure Gnassingbé. Cela n’a pourtant pas empêché la présidence de s’offrir dans ce même journal, quelques semaines plus tard, des articles commandés à coups de millions.

De folles dépenses sont engagées pour « décrocher des interviews et des pages pour publier des opinions, communiqués et publi-reportages, » confie Ruben, un habitué du Palais.

Au sein du sérail, alors que des broutilles sont distribuées aux médias togolais, des journaux anodins en Europe sont arrosés de milliards par le pouvoir.

« Il arrive même des fois où on nous oblige à rédiger des articles subjectifs pour amplifier l’action du Chef de l’État dans la presse locale. Ces articles se retrouvent généralement sur des sites web locaux sans grande audience, contre des enveloppes allant de 50 000 et 200 000 FCFA  (soit 76 € et 305 €) », confie un ex-collaborateur de l’équipe de communication.

Véritable vache à lait de la presse étrangère

À Jeune Afrique, François Soudan est un habitué du Palais de la Marina. Ce brillant éditorialiste, auréolé pompeusement du titre de Directeur de la rédaction est l’un des favoris de l’équipe de communication de Faure Gnassingbé, murmure-t-on dans les colonnes de la presse locale.

François Soudan et les envoyés spéciaux du groupe « Jeune Afrique » savent forcer la main à la présidence togolaise en publiant, dans un premier temps, des articles particulièrement critiques. Ensuite vient le tour de la Direction commerciale du groupe de presse « Jeune Afrique » que préside Béchir Ben Yahmed, d’aller signer avec les plus hautes autorités des contrats « pour veiller sur l’image » du chef de l’État au niveau international.

Depuis novembre, « J.A» produit des articles « honnêtes pour informer l’opinion internationale sur les efforts que fournit le Togo pour s’arrimer à la modernité et surtout un dialogue avec l’opposition », remarque un jeune journaliste engagé dans le cadre des publi-reportage de la présidence de la République pour le compte de Jeune Afrique.

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« J.A» n’est pas seule dans la presse étrangère à bénéficier des juteux contrats de la présidence de la République avec la presse étrangère. Chaque fois que les stratèges de la communication présidentielle estiment que le chef de l’État doit communiquer, les médias étrangers sont retenus dans le casting.

Mais, curieusement, les publications invoquées pour relayer les articles rédigés à la présidence ne garantissent aucune audience et n’offrent aucun prestige ni référence.

Stratégie bâclée

La direction de la communication est réputée pour ses menaces envers la presse. Elle est souvent accusée d’intimidations par des journalistes.

Sous son contrôle, un site d’informations (republiquetogolaise.com) a même été mis en place pour relayer les activités du gouvernement.

La plateforme est venue s’ajouter à republicoftogo.com, un site français piloté depuis Paris, jugé proche du pouvoir. Pendant ce temps, republiquetogolaise.com lancé en fanfares en 2017 est géré par un groupe de blogueurs locaux dépourvus d’expériences et de connaissances en communication politique ni institutionnelle. Il n’est pas rare de lire des articles truffés de fautes avec des images amateurs prises quelques fois avec des téléphones portables inappropriés à la Une du site.


Directeur de l’information et de la communication de la Présidence de la République du Togo

En parallèle, Reckya Madougou, affectueusement surnommée « RM » dans les arcanes du pouvoir, s’est attaché les services de plusieurs activistes venus principalement du Bénin, saupoudrés de quelques jeunes togolais recrutés dans la foulée. Leur tâche : faire exister « le pouvoir togolais » sur les réseaux sociaux.

Des téléphones portables de marque chinoise « Infinix HOT 5 » et des ordinateurs « LENOVO » sont acquis et confiés aux jeunes activistes pour « distiller des messages à la gloire du pouvoir sur les plateformes WhatsApp, Facebook et Twitter principalement ». Salaire : 130 000 FCFA (198 €) soit environ quatre fois le salaire minimum avec une indemnité de connexion Internet allant jusqu’à 36 000 FCFA (55 €).

La stratégie de communication de crise est critiquée à la présidence où des détracteurs évoquent « une stratégie bâclée et digne d’amateurs ». Quoique budgétivore, comparée à d’autres pays de la sous-région, la communication présidentielle togolaise semble bancale et en proie à un amateurisme déconcertant.

On pointe aussi l’absence de certification des comptes de la présidence. Le « social média Team » de la présidence n’a toujours pas réussi à faire certifier le compte Twitter de Faure Gnassingbé, l’un des canaux utilisés par le chef de l’État pour communiquer sur les réseaux sociaux. Et les fautes grammaticales et de conjugaison sont très récurrentes, malgré souvent des multiples suppressions et republications des messages.

Il n’est pas rare de voir le compte Twitter de Faure Gnassingbé, tweeter en pleine coupure d’Internet dans le pays ou les sites web de la Presidence, diffuser des photos obscènes d’opposants politiques. Ces coups de Com attribués aux « collaborateurs zélés » de Faure Gnassingbé tournent généralement à des concerts d’injures et de lynchages sur la toile. De nombreux internautes se sont souvent indignés face à ce qu’ils appellent tantôt « imposture », « mensonge » ou encore « indécence ».

Dialectique du silence

Avant la crise politique, le pouvoir a toujours choisi le silence. Il s’agit d’une stratégie communicationnelle qui a beaucoup payé par le passé. D’ailleurs de nombreux journalistes et éditorialistes qui ont fait l’apologie du président Faure Gnassingbé ont sans cesse vanté son flegme et sa maîtrise des événements à travers l’art de l’esquive et de l’atermoiement. Il est toujours présenté comme celui qui est en possession de l’agenda : le maître du temps.

Les journalistes les plus modérés et certains experts en communication estiment que la stratégie du silence permet au Chef de l’État togolais d’éviter les discours incohérents, divergents, voire antinomiques.

Cette situation est loin d’être le cas aujourd’hui au Togo où les médias sont ubiquistes et très actifs et surtout que les tentatives de manipulation des médias supposées ou réelles finissent toujours par être mises à jour. Rien ne justifie donc l’abstinence médiatique du locataire de la Marina.

Même les plus naïfs ont depuis longtemps compris que c’est la non-maîtrise des dossiers qui pousse l’homme, parachuté aux affaires en 2005 par l’armée, à éviter comme la peste les micros des journalistes.

Aujourd’hui ni Faure Gnassingbé ni son équipe de communication n’ont le monopole des canaux de transmission et ne maîtrisent pas l’agenda des médias comme ce fut le cas avec son défunt père Gnassingbé Eyadema pendant 38 ans à la tête du pays.

Manque d’initiatives

Le 10 janvier dernier à l’issue du premier conseil des ministres de l’année, quelques clichés de la réunion gouvernementale ont été partagés sur les réseaux sociaux par la direction de communication. Assez rare pour être souligné quand on sait que dans le pays même le compte-rendu du conseil n’est fait que des heures après au journal de 20 heures de la chaîne nationale. Le pays étant en crise depuis des mois, la diffusion d’une photo inédite — un élément capital dans la communication persuasive —  peut être utile.

Mais, chassez l’incompétence, il revient au galop. La direction de la communication a, une fois encore, prospérer  son amateurisme.  Les images diffusées montrent que l’ordre protocolaire n’est pas respecté. À part le Premier ministre Selom Klassou assis à droite du président de la République, à gauche, on remarque l’absence du ministre d’État Solitoki Esso. La place de ce dernier est plutôt occupée, avec un langage corporel assez particulier, par l’actuel ministre des postes et de l’Économie numérique, Cina Lawson.

Crédit : Direction de la communication de la Presidence
Conseil des ministres du 10 janvier 2018

« L’erreur du Protocole pouvait passer inaperçue si la direction de la Communication n’avait pas elle aussi eu le mauvais réflexe de diffuser la photo sans analyser le contenu, » regrette le patron d’un hebdomadaire à Lomé.

Dans la presse, cet ordre protocolaire particulier, passe inaperçu. Habitués que sont les journalistes au Togo à ne pas avoir d’images des conseils des ministres hebdomadaires que préside Faure Gnassingbé.

Certains d’entre eux n’hésitent pourtant pas à accuser la direction de la communication pour son « manque d’initiatives ». C’était déjà le cas le 3 janvier dernier. Durant le discours de Faure Gnassingbé à la nation, nombreux se sont interrogés sur le fait que le service communication n’ait « rien trouvé » pour décorer l’arrière-plan du chef de l’État.

Pour redonner un nouveau souffle à cette direction qui se mélange les pinceaux, de nouveaux recrutements sont annoncés.

Contraint à une obligation de résultat et sous la pression des faucons qui n’auraient plus rien à perdre, le Directeur de la communication opterait pour la politique de la terre brûlée, renseigne-t-on dans le cercle fermé de la présidence.

Les premières victimes annoncées seraient l’inamovible photographe personnel du chef de l’État et d’autres « sorciers blancs » de la communication présidentielle.

Comment sortir de l’imbroglio ? Quelles sont les tractations en cours ? Qui sont-ils les membres de l’équipe de communication, leurs parcours et leurs rôles au Palais ? À suivre dans l’Acte 2.

Source: https://afrotribune.com/togo-jusquou-ira-communication-presidentielle%E2%80%89-acte-1/

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